Critiques de la répartition participaliste, par Christophe Koessler

Plusieurs objections fondamentales peuvent être portées à la planification démocratique telle que proposée par Michael Albert:

1) Faisabilité et acceptabilité. Sa proposition suppose un chamboulement total de nos modes de vie. Nous sommes tellement habitués au marché et à ses avantages. Qui serait prêt à y renoncer pour une alternative dont nous ne connaissons pas vraiment les chances de faisabilité ? Est-ce que cela marcherait vraiment ? Il y a des doutes importants et des inconvénients majeurs au niveau du fonctionnement (rigidité du système). Quelle forte minorité dans notre société serait disposée, même après un long travail de sensibilisation, à défendre ce système ? Quelle majorité serait prête à y consentir ?

2) Risque d’autoritarisme. On veut faire tout le plus démocratique possible. Mais au final il y a un organe central, supposé n’avoir aucun pouvoir, chargé de compiler les données, qui devrait finir par trancher et prendre de nombreuses décisions qui affectent nos vies à notre place. Il y a là un risque de dérive autoritaire. Cette instance aurait d’autant de pouvoir si le système fonctionne mal. Et qui tranche dans chaque cas ? Et qui prend en compte les informations qualitatives sur les externalités dans les prix indicatifs ? Comment le fait-il ? L’évaluation pourrait être arbitraire à ce niveau.

3) Suppose une très importante participation de tout un chacun à la détermination de l’offre et de la demande. Trop de réunions et de paperasseries. La majorité serait absentéiste. Donc ne marcherait pas. De nombreux critiques voient ce système comme trop lourd et bureaucratique.

4) Un risque important existe si le système fonctionne mal : résurgence des marchés noirs et la création de sociétés à plusieurs vitesses.

5) Est-ce que cela résoudrait le problème que les consommateurs ont des intérêts divergents des producteurs (une des critiques portée à Albert contre les marchés)? Michael Albert suppose que des discussions entre eux les amèneraient à prendre en compte leurs points de vues respectifs et donc que les consommateurs acceptent de payer davantage et les producteurs à produire davantage et à polluer moins. Vraiment?

6) Autre doute quant au fonctionnement. Qu’est ce qui motiverait les collectifs de travail à économiser les ressources et à être efficaces ? Ils n’auraient aucun avantage à livrer l’information exacte dont ils disposent sur leurs ressources propres, outils, terres, matériaux etc, aux conseils, mais plutôt à minimiser les ressources dont ils disposent pour en faire le moins possible. C’est bien compréhensible. C’est ce qui se passait en URSS et entrainait de graves problèmes.